Multilingual Folk Tale Database


Information

Author: Jean-Pierre Claris de Florian - 1792

Original version in French

Country of origin: France

Translations

There are no translations available for this story

Add a translation

La Colombe et son nourrisson

Jean-Pierre Claris de Florian

Une colombe gémissoit
de ne pouvoir devenir mere :
elle avoit fait cent fois tout ce qu' il falloit faire
pour en venir à bout, rien ne réussissoit.
Un jour, se promenant dans un bois solitaire,
elle rencontre en un vieux nid
un oeuf abandonné, point trop gros, point petit,
semblable aux oeufs de tourterelle.
Ah ! Quel bonheur ! S' écria-t-elle :
je pourrai donc enfin couver,
et puis nourrir, puis élever
un enfant qui fera le charme de ma vie !
Tous les soins qu' il me coûtera,
les tourments qu' il me causera,
seront encor des biens pour mon ame ravie :
quel plaisir vaut ces soucis-là ?
Cela dit, dans le nid la colombe établie
se met à couver l' oeuf, et le couve si bien,
qu' elle ne le quitte pour rien,
pas même pour manger : l' amour nourrit les meres.
Après vingt et un jours elle voit naître enfin
celui dont elle attend son bonheur, son destin,
et ses délices les plus cheres.
De joie elle est prête à mourir ;
auprès de son petit nuit et jour elle veille,
l' écoute respirer, le regarde dormir,
s' épuise pour le mieux nourrir.
L' enfant chéri vient à merveille,
son corps grossit en peu de temps :
mais son bec, ses yeux et ses ailes,
different fort des tourterelles ;
la mere les voit ressemblants.
à bien élever sa jeunesse
elle met tous ses soins, lui prêche la sagesse,
et sur-tout l' amitié, lui dit à chaque instant :
pour être heureux, mon cher enfant,
il ne faut que deux points, la paix avec soi-même,
puis quelques bons amis dignes de nous chérir.
La vertu de la paix nous fait seule jouir ;
et le secret pour qu' on nous aime,
c' est d' aimer les premiers, facile et doux plaisir.
Ainsi parloit la tourterelle,
quand, au milieu de sa leçon,
un malheureux petit pinson
échappé de son nid vient s' abattre auprès d' elle.
Le jeune nourrisson à peine l' apperçoit,
qu' il court à lui : sa mere croit
que c' est pour le traiter comme ami, comme frere,
et pour offrir au voyageur
une retraite hospitaliere.
Elle applaudit déja : mais quelle est sa douleur,
lorsqu' elle voit son fils, ce fils dont la jeunesse
n' entendit que leçons de vertu, de sagesse,
saisir le foible oiseau, le plumer, le manger,
et garder au milieu de l' horrible carnage
ce tranquille sang froid, assuré témoignage
que le coeur désormais ne peut se corriger !
Elle en mourut, la pauvre mere.
Quel triste prix des soins donnés à cet enfant !
Mais c' étoit le fils d' un milan :
rien ne change le caractere.